Le projet de diversité génétique du chien-loup de Saarloos

Chien-loup de Saarloos :
pourquoi un plan de sauvegarde génétique est devenu nécessaire

Le chien-loup de Saarloos existe encore, mais son avenir génétique n’est plus garanti par la seule sélection interne.

Population effective faible, consanguinité élevée, fondateurs rares, AVK trompeur, options reproductives limitées : les signaux convergent.

Comprendre cette convergence permet de saisir pourquoi un plan outcross encadré est devenu nécessaire.

L'essentiel à garder en tête

Ce n’est pas une seule donnée qui justifie l’outcross. C’est la convergence de toutes les données.

Le chien-loup de Saarloos ne manque pas seulement de bons chiens. Il manque surtout de marge génétique à l’échelle de la population.

Le standard protège ce qui se voit : type, silhouette, allure, impression générale. Il ne mesure pas la diversité restante, la parenté de fond, les ROH, la population effective ou la contribution réelle des reproducteurs.

Le titre initial, les livres ouverts et les apports extérieurs passés peuvent aider. Mais ils ne suffisent pas si les individus concernés sont trop peu nombreux, déjà proches génétiquement de la population ou insuffisamment diffusés.

La sélection interne reste indispensable pour gérer ce qui existe encore. Mais elle ne suffit plus à restaurer une marge génétique durable.

SOMMAIRE
01

La SCC a autorisé un plan outcross pour le chien-loup de Saarloos

La SCC a autorisé un plan outcross pour le chien-loup de Saarloos. Ce point doit être compris correctement : cette autorisation ne valide pas une préférence personnelle pour le croisement. Elle reconnaît qu’un diagnostic populationnel impose d’étudier un outcross encadré.

Un plan outcross sérieux n’est pas un accouplement isolé. Ce n’est pas non plus une permission de produire n’importe quel croisement en dehors d’une trajectoire de race. C’est un outil lourd, réservé à une situation où la sélection interne ne suffit plus à restaurer la diversité nécessaire.

Le raisonnement robuste commence donc par le diagnostic. Si la population effective est trop faible, si la consanguinité reste très élevée quelle que soit la méthode, si les fondateurs utiles sont trop rares et si les options reproductives se ferment, alors l’outcross cesse d’être un débat idéologique. Il devient une question de gestion.

Ce point est essentiel pour éviter deux caricatures. D’un côté, l’outcross ne doit pas être présenté comme une trahison de la race. De l’autre, il ne doit jamais être vendu comme une solution magique. Il n’a de valeur que s’il est cadré, mesuré, documenté et suivi sur plusieurs générations.

Logo de la Société Centrale Canine
02

L’outcross n’est pas étranger à l’histoire du chien-loup de Saarloos

Le chien-loup de Saarloos n’est pas apparu comme une population pure, homogène et fermée depuis toujours. Son histoire repose déjà sur une construction génétique particulière, avec une base étroite et des choix fondateurs qui ont façonné son identité.

Rappeler cette histoire ne sert pas à nier le standard actuel. Cela sert à éviter une illusion : croire que tout outcross serait par nature étranger à la race. Une race est une population historique, construite, sélectionnée, puis stabilisée. Elle n’est pas une entité biologique figée hors du temps.

L’identité du chien-loup de Saarloos reste réelle. Elle doit être protégée. Mais elle ne peut pas être réduite à une fermeture administrative. Une fermeture peut stabiliser un type ; elle ne garantit pas que la population conserve assez de variation pour durer.

Le vrai sujet n’est donc pas de savoir si le chien-loup de Saarloos a une identité. Il en a une. Le sujet est de savoir si cette identité peut continuer à être portée par une population dont la marge génétique se réduit.

03

Le standard protège le visible, pas la viabilité génétique​

Le standard est indispensable. Il décrit l’apparence, les proportions, l’allure générale et les caractères visibles qui permettent de reconnaître un chien-loup de Saarloos. Il donne une direction commune aux éleveurs et aux juges.

Mais le standard protège surtout le visible. Il ne mesure pas la diversité génétique, la population effective, la parenté moyenne, les segments d’homozygotie, la perte de fondateurs ou le poids réel de certaines lignées.

Une race peut donc continuer à produire des chiens typés tout en perdant de la marge biologique. C’est l’angle mort classique des populations fermées : l’image peut rester cohérente pendant que la base génétique se contracte.

Préserver le chien-loup de Saarloos ne consiste donc pas seulement à préserver son image. Il faut aussi préserver sa capacité à produire demain des chiens viables, fertiles, stables, sélectionnables et suffisamment diversifiés pour ne pas dépendre d’un cercle toujours plus étroit de reproducteurs.

04

Premier signal d’alerte : une population effective critique

Selon les critères de gestion utilisés par la FAO (Food and Agriculture Organization) pour les espèces à forte capacité de reproduction, dont le chien, le niveau de risque d’une population peut être évalué à partir du nombre de mâles et de femelles réellement reproducteurs. Ce tableau ne définit pas un sex-ratio idéal : il indique des zones de vulnérabilité démographique. En pratique, une population disposant de trop peu de reproducteurs, ou reposant sur une contribution excessive de quelques mâles, perd rapidement de la diversité génétique.

Dans le cas du chien-loup de Saarloos, la population effective mondiale actuelle est estimée en dessous du seuil de 100. La race entre donc dans une zone critique de gestion. Cela ne signifie pas qu’elle disparaîtra demain, mais que sa marge de sécurité génétique est insuffisante : la dérive génétique agit plus vite, les allèles rares se perdent plus facilement et les options reproductives se réduisent.

Tableau des catégories de risques des espèces à forte capacité reproductrices telles que le chien selon la FAO.

La population effective ne se confond donc pas avec le nombre total de chiens vivants. Une race peut compter plusieurs centaines d’individus, mais disposer en pratique de peu de reproducteurs réellement utilisés, disponibles, compatibles et suffisamment peu apparentés.
Une population n’est pas sécurisée par son nombre total d’individus, mais par le nombre réel de reproducteurs, l’équilibre de leurs contributions et la diversité qu’ils transmettent.

Graphique en colonnes de la répartition de la population recensée et de la population effective du chien-loup de Saarloos, pays par pays.

Production cumulée de chiens-loups de Saarloos (colonnes grises) et nombre de chiens ayant contribué à la reproduction (colonnes roses pour les femelles et colonnes bleues pour les mâles) de 1976 à 2024, pour chaque pays. Les pourcentages représentent la part des reproducteurs sur la population totale dans chaque pays.

C’est cette différence qui rend le diagnostic plus sévère que l’impression visuelle du cheptel. Voir des Saarloos en exposition, dans différents pays ou sur les réseaux ne dit pas combien d’entre eux contribuent réellement à la génération suivante. Quand la population effective est aussi basse, la dérive génétique agit plus vite. Des variants disparaissent simplement parce que certains chiens ne reproduisent pas. D’autres deviennent fréquents parce que quelques familles ou reproducteurs pèsent davantage. Même sans accouplement extrême, la population s’homogénéise, ce qui correspond aux mécanismes classiques décrits en conservation génétique (Frankham, Ballou & Briscoe, 2010) et dans les analyses de diversité chez le chien de race (Leroy, 2011).

05

Deuxième signal d’alerte : une dynamique démographique insuffisante pour restaurer la race

Evolution des naissances de chiens-loups de Saarloos en Europe de 1933 à 2024

Evolution des naissances de chiens-loups de Saarloos de 1933 à 2024 en Europe

La préservation d’une race ne dépend pas uniquement de la diversité génétique disponible. Elle dépend également du nombre de chiens produits, du renouvellement des reproducteurs et de la capacité des nouvelles lignées à se diffuser dans la population au fil des générations.

Chez le chien-loup de Saarloos, la diminution récente du nombre de naissances constitue donc un signal d’alerte supplémentaire. Une population qui se contracte offre moins de reproducteurs potentiels, moins de possibilités d’accouplement et moins de marge pour sélectionner simultanément la santé, le comportement, la conformité au standard et la diversité génétique.

Cette difficulté devient déterminante dans le cadre de SaarGen. Introduire de nouveaux fondateurs ne suffira pas si leurs descendants restent minoritaires ou s’ils ne contribuent que marginalement aux générations suivantes. La diversité réintroduite pourrait alors être rapidement diluée, perdue ou concentrée dans un nombre trop limité de familles.

Il faut donc produire plus et mieux.

Produire mieux signifie sélectionner les reproducteurs et les accouplements en fonction de leur santé, de leur comportement, de leur complémentarité génétique et de leur contribution à l’ensemble de la population.

Mais cette amélioration qualitative doit aussi s’accompagner d’un nombre suffisant de naissances.

Sans volume, il devient impossible de sélectionner rigoureusement tout en conservant assez de descendants pour renouveler et élargir la population reproductrice.

Le maintien exclusif de la reproduction au sein de la population pure actuelle ne permet plus de restaurer la diversité génétique perdue.

Graphique en colonnes de l'évolution des naissances de chiens-loups de Saarloos de 1992 à 2025 en France

Aussi, les éleveurs devront faire un choix stratégique dans les années à venir. Ce choix ne consiste pas à opposer les naissances Saarloos pure race aux naissances issues du programme SaarGen. La population pure reste indispensable : elle porte l’identité de la race, fournit les repères de type, maintient les lignées existantes et restera nécessaire aux générations futures du programme.

En revanche, continuer à concentrer l’essentiel de l’effort collectif sur la seule reproduction interne ne suffira pas à modifier la trajectoire actuelle. Dans une population dont la diversité génétique est déjà fortement réduite, la sélection pure race peut encore limiter certains risques, mais elle ne peut pas restaurer seule les ressources génétiques perdues.

L’enjeu est donc d’organiser une transition progressive. Les chiots issus du programme SaarGen ne doivent pas rester une branche expérimentale et minoritaire. À mesure que les générations avanceront, ils devront devenir assez nombreux, suivis et bien répartis pour que la sélection puisse s’exercer entre plusieurs familles, plusieurs générations et plusieurs combinaisons génétiques.

L’objectif n’est donc pas de produire davantage sans discernement. Il est de transférer progressivement une part de l’effort d’élevage vers les lignées capables de préparer l’avenir de la race, tout en maintenant une population Saarloos pure suffisamment suivie pour accompagner cette transition.

Le succès de SaarGen dépendra autant de la qualité du programme génétique que de son intégration progressive dans la population. Réintroduire de la diversité sans produire assez de descendants pour la conserver et la diffuser ne ferait que retarder le problème. Mais interrompre ou délégitimer trop tôt la reproduction pure race fragiliserait aussi la suite du programme.

Pour restaurer durablement le chien-loup de Saarloos, il ne s’agit donc pas de remplacer brutalement une population par une autre. Il s’agit de construire une transition, dans laquelle la population pure actuelle et les lignées issues du programme SaarGen jouent chacune un rôle dans la sauvegarde de la race.

SaarGen n’a pas vocation à remplacer brutalement l’élevage pure race, mais à préparer une transition génétique que l’élevage pure race ne peut plus produire seul.

06

Troisième signal d’alerte : une consanguinité très élevée, quelle que soit la méthode

Bannasch et al.2021
0 %
EMBARK
0 %
Moyenne pedigrees
0 %

Les sources disponibles ne donnent pas toutes exactement le même chiffre, car elles ne reposent pas sur les mêmes bases ni les mêmes méthodes.

Bannasch et al. 2021 situent la consanguinité génétique du chien-loup de Saarloos à 33,6 % sur 476 chiens à partir des données MyDogDNA.

Embark a communiqué une moyenne d’environ 36 % pour les chiens-loups de Saarloos présents dans sa propre base, sans confirmer publiquement l’effectif exact.

Les calculs issus des pedigrees situent, eux, la consanguinité moyenne autour de 38 %.

Ces valeurs ne sont donc pas interchangeables. Mais elles racontent toutes la même chose : le chien-loup de Saarloos se situe dans un ordre de grandeur de consanguinité très élevé.

Il serait faible de chercher à opposer ces chiffres pour éviter le diagnostic. Oui, les méthodes diffèrent. Non, les bases ne sont pas identiques. Non, les valeurs ne doivent pas être fusionnées comme si elles mesuraient exactement la même chose. Mais l’ordre de grandeur converge.

Ce point est décisif. Une consanguinité élevée ne signifie pas que chaque chien est malade. Elle signifie que la population porte une homogénéité importante et que les marges de combinaison se réduisent. Plus les reproducteurs partagent la même base génétique, plus il devient difficile de trouver de vraies complémentarités.

Le danger n’est donc pas un chiffre isolé.

Le danger est de constater que plusieurs méthodes, indépendantes dans leur logique, aboutissent toutes à une lecture préoccupante. Les mesures génomiques complètent utilement les estimations de pedigree, surtout lorsque l’on veut mesurer la consanguinité réellement portée par les individus (Kardos, Luikart & Allendorf, 2015).

Lorsque l’on parle de consanguinité génomique, les ROH sont particulièrement utiles : ils permettent de visualiser les segments d’homozygotie dans l’ADN, avec des limites liées aux seuils et à la densité des marqueurs (Meyermans et al., 2020).

Chez le chien, ces zones méritent une attention particulière car elles peuvent recouvrir des génotypes récessifs délétères (Sams & Boyko, 2019).

La conférence donnée par la commission Saarloos de l’ABNF lors de la nationale d’élevage 2024 alertait les éleveurs sur la situation de la race et notamment sur le niveau de consanguinité. Retrouvez dans cette vidéo, le contenu de cette conférence.

07

L’AVK : un indicateur qui ne suffit plus

L’AVK peut donner une information utile sur la variété apparente des ancêtres dans un pedigree. Il aide à repérer si les mêmes ascendants reviennent souvent dans une profondeur donnée.

Mais l’AVK reste un indicateur généalogique. Il dépend de la profondeur analysée, de la complétude des données et de la structure du pedigree. Il ne mesure pas directement l’ADN transmis.

Dans une population très apparentée en profondeur, un AVK correct sur quelques générations peut donner une impression de diversité. Cette impression peut être trompeuse si les chiens partagent déjà une forte parenté ancienne.

L’erreur serait donc de traiter l’AVK comme un certificat de sécurité génétique. Il reste utile pour lire une généalogie. Il ne suffit plus pour évaluer la viabilité d’une population fermée et étroite.

08

Pourquoi le livre ouvert et le titre initial ne suffisent pas

Le livre ouvert et l’inscription à titre initial peuvent être utiles. Ils permettent, dans certains cas, d’intégrer dans le livre des origines, des individus extérieurs qui apportent une variation génétique ou une contribution différente.

Mais l’outil ne suffit pas.

Les quelques chiens confirmés à titre initial montrent que le livre ouvert du chien-loup de Saarloos peut être utile, mais qu’il ne suffit pas si les individus concernés restent peu nombreux, déjà proches génétiquement de la population, ou peu diffusés dans la reproduction.

Quatre femelles ont été enregistrées à titre initial au LOF. Deux femelles ont été stérilisées sans jamais reproduire et une femelle devrait reproduire prochainement. Une seule femelle a finalement reproduit (3 portées pour 13 chiots dont deux ont à leur tour reproduit).

Le raisonnement doit donc porter sur l’effet réel, pas sur l’existence administrative de l’outil. Un livre ouvert sans stratégie de diffusion, sans suivi de contribution et sans analyse de parenté peut produire un bénéfice limité.

Un outcross ponctuel peut rassurer sur le papier sans modifier la trajectoire génétique. Pour qu’un effet existe, il faut que les nouveaux apports soient suffisamment distincts, suffisamment suivis et réellement intégrés dans plusieurs branches reproductives.

09

PedCharts : la preuve visuelle de l’impasse fondatrice

Les outils de visualisation de pedigree comme les PedCharts rendent visible ce que les pédigrees classiques masquent souvent : la répétition des mêmes origines, les mâles populaires, la concentration autour d’un petit nombre de fondateurs, les goulots d'étranglements et surtout l’étroitesse de la base historique.

PedChart chiens-loups de Saarloos

Un pedigree lu ligne par ligne peut donner une impression de richesse. Les noms changent, les affixes varient, les pays diffèrent. Mais lorsque la structure complète est visualisée, les mêmes racines réapparaissent.

Cette visualisation est utile parce qu’elle transforme un problème abstrait en image lisible. Elle montre que le sujet ne se limite pas à éviter quelques ancêtres communs récents. Le problème est plus profond : une part importante de la population repose sur une base fondatrice très restreinte.Le message n’est pas que le pedigree ne sert plus. Au contraire, il sert à démontrer l’impasse. Mais il faut le lire jusqu’au niveau populationnel, pas seulement sur 3, 4 ou 5 générations.

10

Des apports extérieurs ont existé, mais sans gestion collective durable

Certains apports extérieurs ont été réalisés hors cadre collectif clair et officiel. Leur diffusion est restée partielle. Certains descendants ont été utilisés individuellement, parfois fortement. Une partie de la communauté les a contestés, et leur effet réel sur la diversité actuelle est resté limité.

Cette histoire doit être traitée sans naïveté. Le fait qu’un apport extérieur ait existé ne prouve pas qu’il ait sauvé la diversité. À l’inverse, le fait qu’il ait été contesté ne prouve pas qu’il était biologiquement inutile.

Le problème principal est l’absence de stratégie collective durable. Sans gouvernance, sans objectifs mesurables, sans suivi génomique et sans répartition organisée des descendants, un apport extérieur peut devenir un épisode isolé.

Un apport mal conservé, trop vite absorbé ou concentré dans quelques descendants ne change pas forcément la trajectoire de la population. Il peut laisser une trace dans les pedigrees sans produire une restauration durable de diversité.

11

Parenté moyenne : confirmation du manque d'options disponibles

Explications

Cette visualisation interactive 3D s'appelle un PCoA (Principal Coordinates Analysis). Elle propose une lecture exploratoire de la structure de parenté moyenne (Mk - mean kinship) entre environ 2000 chiens-loups de Saarloos d'après leurs données généalogiques.

Le nuage de points peut être manipulé librement : rotation sur les axes horizontaux et verticaux, déplacement et zoom à l'aide de votre souris ou de votre écran tactile. Chaque point coloré représente un chien-loup de Saarloos. En pointant un individu avec votre souris ou votre doigt, vous pouvez afficher son identité, son année de naissance, son sexe ainsi que sa valeur de Mk. La couleur du point est liée à sa valeur de Mk selon l'échelle affichée à droite du graphique. Les distances entre les points représentent des proximités ou des éloignements de structure de parenté moyenne au sein de la population. Deux chiens proches dans le graphique présentent globalement des profils de parenté plus similaires à l’échelle de la population, tandis que des chiens plus éloignés occupent des positions génétiques plus distinctes dans cette structure.

Commentaires

La structure observée forme un continuum génétique avec un noyau central dense et plusieurs extensions périphériques. Cette organisation est typique d’une petite population fermée ayant évolué au fil des générations sous l’effet combiné de la dérive génétique, des contributions reproductives inégales et de l’utilisation répétée de certaines lignées.

Plusieurs structures visibles dans le graphique correspondent également à des trajectoires historiques connues de la race : une sous-population hollandaise historiquement très fermée qui a évolué pendant plusieurs décennies avec très peu de mélanges avec la population générale du Saarloos, ce qui se traduit ici par une forte proximité généalogique interne, des valeurs de Mk élevées et une structure particulièrement regroupée.

À l’inverse, certains points verts correspondent à des chiens issus de programmes d’outcross réalisés aux Pays-Bas. Leur position plus périphérique et leurs valeurs de Mk plus faibles traduisent l’introduction d’apports génétiques moins représentés dans la population actuelle. Toutefois, les niveaux de consanguinité génomique connus pour plusieurs de ces chiens restent parfois relativement élevés (souvent autour de 20–30 % selon les données Embark disponibles), montrant qu’un apport extérieur ne garantit pas automatiquement une restauration importante de diversité génétique à long terme.

On observe également que certains de ces chiens restent positionnés relativement proches du noyau principal du graphique. Cela illustre une limite importante des stratégies d’outcross fortement réintégrées dans une population fermée : une partie du gain initial de diversité peut progressivement se diluer au fil des générations et des réaccouplements internes.

Enfin, plusieurs points jaunes et verts situés à droite du graphique semblent correspondre à des lignées issues d’anciens mariages outcross réalisés sous le manteau ou à leurs descendants. Bien qu’intégrés depuis longtemps dans la population Saarloos, ces chiens conservent encore ici une position légèrement plus périphérique dans la structure globale de parenté.

Lecture prudente : un PCoA reste une représentation simplifiée de distances et de structures relatives. Il permet de visualiser des tendances, des proximités et des gradients, mais il ne mesure pas à lui seul la qualité génétique d’un individu, la diversité globale d’une race ou les décisions de sélection à prendre. Cette visualisation doit être interprétée en complément des analyses de pedigree, des indicateurs de gestion de population et des données génomiques.

12

Quand les simulations confirment l’impasse

Les simulations de gestion génétique convergent avec le diagnostic de terrain : un apport extérieur trop faible, trop ponctuel ou trop vite réabsorbé produit un effet limité. Le croisement n’est pas le programme ; il n’est que le point d’entrée.

Les modèles sur le sauvetage génétique par outcross chez le chien montrent que quelques portées suivies de retours rapides vers la population initiale ne suffisent pas à ralentir durablement la hausse de consanguinité. L’effet devient plus intéressant lorsque l’apport est assez large, conservé et intégré dans plusieurs branches reproductives.

Cette logique s’applique directement au Saarloos. Faire un outcross sans conserver ne suffit pas. Introduire un donneur sans créer de trajectoire de descendance ne suffit pas. Produire une génération F1 ne suffit pas.

Le critère sérieux est la capacité à conserver une part utile de l’apport dans les générations suivantes, tout en revenant progressivement vers une identité Saarloos cohérente. C’est une ligne de crête : ouvrir sans diluer, sélectionner sans refermer trop vite.

13

La solution interne est épuisée

La solution interne est épuisée.

Cette phrase doit être comprise avec précision. Elle ne signifie pas que tous les chiens actuels sont inutilisables, que chaque lignée est mauvaise ou que les éleveurs doivent cesser de sélectionner avec rigueur.

Elle signifie que la sélection interne, seule, ne peut plus restaurer une diversité durable si la base disponible est déjà trop étroite. La sélection interne reste nécessaire pour gérer ce qui existe encore, mais elle ne suffit plus à restaurer une marge génétique durable.

Dans une population fermée, la sélection trie les variants existants. Elle peut mieux répartir certaines contributions, limiter certains accouplements, éviter la surutilisation de certains reproducteurs et préserver des lignées sous-représentées. Mais elle ne recrée pas les variants perdus.

Le diagnostic est donc sévère, mais logique : continuer uniquement avec les mêmes outils dans une population déjà trop étroite revient à gérer la contraction, pas à restaurer la marge.

14

Ce que cet article ne dit pas

Cet article ne dit pas que :

- Tous les chiens-loups de Saarloos actuels sont mauvais ou malades
- Les éleveurs précédents ont “mal fait”
- L’outcross est magique
- Le type doit être sacrifié
- Le pedigree ne sert plus

En revanche, cet article dit que les indicateurs actuels ne laissent plus assez de marge pour préserver la race uniquement ou principalement par sélection interne.

15

Conclusion : préserver le Saarloos, ce n’est pas seulement préserver son image

Le chien-loup de Saarloos ne se résume pas à un standard, une allure ou une émotion esthétique. Il est aussi une population vivante, avec une histoire fondatrice, des reproducteurs réels, des lignées, une diversité restante et des contraintes biologiques.

Le diagnostic n’est pas fondé sur une donnée unique. Il repose sur une convergence : population effective critique, consanguinité élevée quelle que soit la méthode, base fondatrice étroite, AVK insuffisant, apports extérieurs passés peu structurés, simulations défavorables aux outcross ponctuels et limites évidentes de la sélection interne.

Face à cette convergence, refuser d’étudier un plan outcross encadré ne serait pas une position prudente. Ce serait ignorer le niveau populationnel du problème et se restreindre à faire de l'idéologie.

Préserver le chien-loup de Saarloos, ce n’est pas seulement préserver son image. C’est préserver la population qui rend cette image transmissible. L’identité de la race ne peut pas survivre durablement si la base génétique qui la porte continue à se contracter.

Le véritable enjeu n’est pas de choisir entre identité et diversité, mais de comprendre qu’une race fragile a besoin de diversité pour continuer d’exister.

Mini-glossaire

Population effective

Nombre théorique de reproducteurs contribuant réellement à la génération suivante. Elle est souvent bien inférieure au nombre total de chiens vivants.

COI pedigree

Coefficient de consanguinité calculé à partir de la généalogie. Il estime une probabilité, mais ne mesure pas directement l’ADN.

COI génomique

Estimation de la consanguinité à partir de données ADN, par exemple via des SNP ou des ROH.

Diversité génétique

Variété des variants génétiques présents dans une population. Elle constitue la marge biologique disponible pour sélectionner et durer.

AVK

Ratio qui permet d’évaluer la variabilité d’ancêtres d’après les informations du pedigree. Utile, mais dépendant de la profondeur de générations et de la qualité des données.

Population générale Saarloos

Ensemble large de la population internationale du chien-loup de Saarloos hors population NVSWH.

Population NVSWH

Sous-population gérée par le programme des naissances centralisées du club de race hollandais NVSWH.

Titre initial

Inscription d’un chien au Livre des Origines Français (LOF) sans ascendance reconnue dans la race et selon des règles définies.

Outcross

Introduction planifiée d’un individu extérieur pour apporter de la diversité génétique dans une population cible.

Backcross

Retrocroisement ; combinaison entre un individu issu d’un programme outcross et un individu de la race d’origine.

Dérive génétique

Variation aléatoire des fréquences génétiques au fil des générations dues au hasard ; plus forte dans les petites populations

Mâle populaire

Reproducteur très utilisé dont la contribution peut déséquilibrer fortement la population.

Questions fréquemment posées

AVK est l’acronyme allemand pour AhnenVerlust-Koeffizient, qui signifie «Coefficient de perte d’ascendance». Ce coefficient, inventé par le Professeur Schlegel de l’Université de Vienne, en Autriche, permet d’évaluer la variabilité d’ancêtres d’après les informations du pedigree.

L’avantage de ce coefficient est sa facilité de calcul comparé au coefficient de consanguinité. De plus il n’existe pas d’options différentes de calcul contrairement au taux de consanguinité : les données sont facilement comparables !

Comment le coefficient AVK se calcule t-il ?
Il se calcule principalement sur 5 générations même si rien n’interdit de le calculer sur une profondeur de pedigree plus importante.

Prenons l’exemple du pedigree de cinq générations ci-dessus.

Un pedigree de cinq générations implique 62 chiens.
Deux ancêtres apparaissent deux fois (Toetie Tizra Bastaja en couleur bleue et Bagghera Sphale Eskalupa en couleur rose). Sur les 62 chiens, il ne reste alors que 60 chiens uniques (62-2).
Les deux ancêtres sont appelés des ancêtres répétés. Un ancêtre répété peut aussi bien apparaître uniquement côté père ou uniquement côté mère ou bien les deux. Contrairement au taux de consanguinité qui ne tient compte que des ancêtres communs (se présentant côté père ET côté mère).

Remarque : le taux de consanguinité n’aurait ici tenu compte que de Toetie Tizra Bastaja, car Bagghera Sphale Eskalupa n’apparaît que côté mère.

L’AVK serait ici de 96.77% (60/62×100 = 96.77%).

  • Un AVK égal à 100% signifie que chaque ancêtre composant le pedigree 5 générations n’apparaît qu’une seule fois et que par conséquent, la variabilité des ancêtres est maximale.
  • Un AVK inférieur à 100% est toujours une indication qu’un ou plusieurs ancêtres apparaissent plusieurs fois dans le pedigree.
  • 70% est un seuil jugé comme étant une limite basse en dessous de laquelle il n’est pas recommandé de descendre. 70% correspond à 43 chiens uniques sur les 62 chiens composant un pedigree 5G.
  • L’ AVK n’est pas corrélé au taux de consanguinité. Il ne s’agit pas du nombre d’ancêtres communs mais du nombre d’ancêtres uniques.
  • Cependant, un mauvais AVK (inférieur à 70%) entraînera souvent un piètre résultat de consanguinité.

L’AVK est un outil de bon sens : il aide à limiter la concentration d’ancêtres. Mais pris seul, il peut nous induire en erreur (ancêtres “différents” mais très apparentés).

Il s’agit du premier club de race du chien-loup de Saarloos aux Pays-Bas, pays d’origine de la race. La NVSWH pratique une politique des naissances centralisée ; seul le club décide des combinaisons autorisées. Le club prend en charge les frais et se charge de la validation des adoptants. Cette sous-population a vécu depuis les années 80 en vase clos, sans se mélanger à la population générale des chiens-loups de Saarloos que la NVSWH estimait non pure.

Ces dernières années, le club de race s’est ouvert au travers de quelques  combinaisons avec des chiens-loups de Saarloos extérieurs à leur cheptel et plus récemment, le club a mis en place un programme outcross pour sa propre population.

La sous-population de la NVSWH s’est toujours considérée comme différente des autres sous-populations de chiens-loups de Saarloos. Par conséquent, il est normal de voir dans certaines statistiques (et notamment dans le graphique de la production cumulée apparaissant sur cette page), le nom de la NVSWH apparaître parmi des noms de pays.

La population NVSWH est composée de chiens issus de différents registres (Pays-Bas et Belgique majoritairement).

Parce que l’existence visible d’une race ne prouve pas que sa marge génétique soit suffisante. Le Saarloos peut continuer à exister aujourd’hui tout en ayant une population effective trop faible, une consanguinité très élevée et trop peu d’options reproductives pour demain.

Non. Un taux élevé n’est pas un diagnostic individuel. Il indique un niveau d’homozygotie et de risque populationnel. Un chien peut être sain tout en appartenant à une population dont la marge génétique globale devient insuffisante.

Parce qu’un titre initial n’a d’effet durable que si les chiens concernés apportent une contribution réellement distincte, sont suffisamment utilisés, suivis et intégrés dans une stratégie de population. Quelques cas isolés ne restaurent pas automatiquement la diversité.

Ils peuvent être utiles, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. Un plan de sauvegarde s’applique à une race, pas à un pays. Si l’on veut que la race du chien-loup de Saarloos en bénéficie réellement, l’outcross doit produire un effet mesurable sur la population internationale : diversité conservée, branches créées, descendants diffusés, suivi génomique et évitement d’un retour trop rapide vers les mêmes lignées. SaarGen s’inscrit dans ce schéma général.

Il peut le faire s’il est mal conduit. Mais un programme rigoureux ne vise pas à abandonner le type. Il vise à restaurer une marge génétique puis à sélectionner progressivement vers une identité chien-loup de Saarloos cohérente, sans éliminer trop vite l’apport qui justifie l’outcross.

Il faut continuer à mieux les choisir. Mais mieux choisir dans une base trop étroite ne recrée pas les variants perdus. La sélection interne gère ce qui reste ; elle ne peut pas restaurer seule une diversité durable si la population est déjà trop contractée.

Sources

Références scientifiques

Les sources ci-dessous ont été utilisées pour la rédaction de cet article.
Les liens redirigeant directement vers les sites concernés sont intégrés dans le corps de texte de l'article.

1. Bannasch, D., Famula, T., Donner, J., Anderson, H., Honkanen, L., Batcher, K., Safra, N., Thomasy, S., & Rebhun, R. (2021). The effect of inbreeding, body size and morphology on health in dog breeds. Canine Medicine and Genetics, 8, 12. DOI : 10.1186/s40575-021-00111-4.

2. Kardos, M., Luikart, G., & Allendorf, F. W. (2015). Measuring individual inbreeding in the age of genomics: marker-based measures are better than pedigrees. Heredity, 115, 63-72. DOI : 10.1038/hdy.2015.17.

3. Meyermans, R., Gorssen, W., Buys, N., et al. (2020). How to study runs of homozygosity using PLINK? BMC Genomics, 21, 94. DOI : 10.1186/s12864-020-6463-x.

4. Sams, A. J., & Boyko, A. R. (2019). Fine-Scale Resolution of Runs of Homozygosity Reveal Patterns of Inbreeding and Substantial Overlap with Recessive Disease Genotypes in Domestic Dogs. G3, 9(1), 117-123. DOI : 10.1534/g3.118.200836.

5. Windig, J. J., & Doekes, H. P. (2018). Limits to genetic rescue by outcross in pedigree dogs. Journal of Animal Breeding and Genetics, 135(3), 238-248. DOI : 10.1111/jbg.12330.

6. Frankham, R., Ballou, J. D., & Briscoe, D. A. (2010). Introduction to Conservation Genetics. Cambridge University Press.

7. Leroy, G. (2011). Genetic diversity, inbreeding and breeding practices in dogs: results from pedigree analyses. The Veterinary Journal, 189(2), 177-182. DOI : 10.1016/j.tvjl.2011.06.016.